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Unieux, un territoire au fil du Temps

D'après René Commère, ancien président de l'Office de Tourisme de Firminy

L'hôtel de ville et le remodelage urbain

mairie_grandeAlors que les mairies des villes se situent habituellement dans des centres bien identifiables, où l'on trouve aussi la vieille église, la place du marché, les monuments, l'animation commerciale, il en allait tout autrement à Unieux à l'époque où s'est décidée la construction d'un nouvel hôtel de ville. Sur les marges d'un territoire communal encore largement champêtre s'étaient incrustés au 19ème siècle des quartiers d'usines et d'habitats ouvriers, dont Emile Zola avait rapporté de tristes descriptions pour son roman "Travail". Très éloignés du chef-lieu initial, ces quartiers composaient un tissu urbain décousu, dépourvu de centre véritable. Pour qui se contentait de parcourir l'axe principal conduisant vers le Pertuiset, Unieux n'était souvent perçue que comme une longue banlieue tentaculaire de Firminy.

L'accélération de l'urbanisation à partir des années soixante allait conduire à donner plus de cohérence et de continuité à cet ensemble désarticulé. A Unieux comme ailleurs, après un demi-siècle où l'on avait trop peu construit et laissé se dégrader l'héritage immobilier antérieur à la guerre de 1914-18, la crise générale du logement, la croissance démographique et les nouvelles aspirations de la société imposaient à la fois de rénover les quartiers insalubres ou sans qualité, et d'étendre l'habitat sur de nouveaux espaces.

Dans le cas d'Unieux, ce serait donc l'opportunité de réorganiser un tissu urbain éclaté et de faire germer à long terme, autour d'une nouvelle mairie, un centre-ville situé le plus commodément possible par rapport à l'ensemble des quartiers.

Un tissu urbain éclaté

vue_unieux_grandeDécrivons d'abord la situation initiale. Certes, il y avait une apparence de chef-lieu,le bourg, ce village qui avait donné son nom à la commune au moment de sa création, en 1794. Situé au contact des terroirs de collines et de la plaine de l'Ondaine, assez perché pour ne pas craindre les inondations, il était pour les 786 habitants du début le principal noyau d'habitat, avec ses laboureurs, ses artisans, ses cloutiers, ses commerçants. Refusant de participer aux frais de restauration de l'église de Firminy, les paroissiens entreprirent en 1828 d'y construire leur église. C'est aussi là que se situèrent la première école (1840), puis la mairie-école construite en 1852. Ainsi s'affirma tout au long du 19ème siècle une relative centralité du bourg, malgré sa position à l'écart des itinéraires essentiels perfectionnés au fil du siècle dans la vallée de l'Ondaine.

Centralité nullement contestée par les multiples hameaux dispersés çà et là dans les collines, ces écarts agricoles que l'on trouve nommés sur la carte de Cassini du 18ème siècle : la Ronzière, l'Hopital, les Planches, Triolière, Cote Martin, Boiron etc...).

tunnel_pertuiset_grandeParmi ces écarts, notons ceux qui se situaient entre le Pertuiset et la Noirie, près du confluent de l'Ondaine et de la Loire. Une partie a disparu dans le plan d'eau du barrage. Ils rassemblaient quelques ateliers utilisant la force de la rivière : moulin, moulinage, scierie, annexe métallurgique de l'aciérie Holtzer. De plus, à la Noirie s'embarquèrent avant l'avènement du chemin de fer le charbon et le verre produits à Firminy. Au Pertuiset, après le percement du tunnel et la construction en 1842 du pont suspendu sur la Loire, l'un des plus premiers en France, l'attrait des rives du fleuve, facilement accessibles grâce à la nouvelle route, entraîna une floraison de cafés, de restaurants et d'hôtels, suscitant au milieu du siècle ce commentaire pittoresque et moralisateur de Th. Ogier :" Le Pertuiset conservera toujours l'heureux privilège d'être le rendez-vous de la bonne société, si l'on sait mettre des bornes à l'excessive liberté dont on y jouit, et qui menace de dégénérer en licence".

usine_holtzer_grandeC'est en 1829 que commença l'aventure de la grande industrie, avec la fondation de l'usine de Jacob Holtzer. Ayant besoin de la force de l'eau et de terrains plats, le métallurgiste alsacien s'installa au bord de l'Ondaine, très loin du bourg. Très vite, sa production d'acier fut renommée, l'usine prospéra, eut besoin d'une main-d'oeuvre de plus en plus nombreuse, qui s'agglutina à distance de marche à pied de son lieu de travail, d'où le développement du quartier du Vigneron. La hiérarchie sociale de ce monde industriel se lit encore dans ce qu'il reste des constructions réalisées par les Holtzer autour de leur usine sous le Second Empire : dans son parc étagé au-dessus de la plaine, le "château" édifié par Jacob Hotzer ; des maisons d'ingénieurs et de contremaîtres alignées au long de l'Ondaine ; des "casernes" ouvrières, dont la mieux construite, datée de 1861, reste habitée de nos jours après avoir mérité plusieurs restaurations. Dans le même temps, ce quartier fut le théâtre d'initiatives sociales peu courantes à l'époque, l'industriel créant pour son personnel des services tels qu'une poup onnière, une bibliothèque, des ateliers de théatre et de musique, une salle de visites médicales. Tout cela constituait une petite "company-town". Lorsque fut décidée en 1886 la création d'un bureau de poste, les Holtzer voulurent qu'il soit proche voisin de l'usine, dans un local qu'ils mirent gratuitement à la disposition de l'administration. En 1888 s'ouvrit l'école du Vigneron.

centre_grandeAu long de la route, parcourue à partir de 1906 par le tramway reliant Firminy au Pertuiset, s'échelonnèrent les commerces de la vie quotidienne, contribuant à la vitalité sociale de ce quartier et à son extension en direction du bourg. Le centenaire de la fondation de l'aciérie y fut une fête populaire grandiose. C'est seulement en 1962 qu'un nouveau développement de cette partie de la ville justifia la construction, aux Planches, d'un lieu de culte (N-D. de Nazareth).

sampicot_grandeDans la deuxième moitié du 19ème siècle, les quartiers méridionaux de Sampicot, Côte Quart et Combe Blanche se peuplèrent à proximité des Aciéries de Firminy. Plus proche de cette ville que du reste d'Unieux, ce nouvel ensemble échelonné sur la plaine et les coteaux de la rive droite de l'Ondaine avait tendance à une certaine autonomie par rapport à la vie municipale. Il eut sa première école en 1888, son lavoir municipal en 1922, son église (Saint Paul sur Ondaine) en 1950. En 1960-61, à la fois pour favoriser l'épanouissement de la vie locale, et pour le destiner à être au service de toute la commune, la Municipalité réalisa ce qu'elle appela le "Centre urbain de Côte Quart". Cette désignation a-t-elle signifié une esquisse de recentrage au bénéfice des quartiers les plus marqués par l'industrie ? Quoi qu'il en soit, par la qualité de ses équipements publics, théatre, salles de réunions, terrains d'entraînement, complétés en 1976 par la Halle des sports et tout récemment par des tennis couverts, ce lieu s'est affirmé comme un important pôle culturel et sportif aux marges de la commune.

Un autre quartier à tendance centrifuge fut celui de la Croix de Marlet, isolé à l'extrémité nord-est du territoire. Nombre de mineurs employés à Roche la Molière y habitaient, et jusqu'en 1966 le train joignant Firminy à Beaulieu pouvait les conduire vers leurs lieux de travail. Devenu plus résidentiel, il reste assez à l'écart du reste de la commune, auquel ne les relie d'ailleurs aucune ligne de transports en commun.

Ainsi s'était mise en place la structure multipolaire d'Unieux, en ce temps où le nouvel essor immobilier dut accompagner la croissance démographique.

La Dynamique démographique

On était dans le contexte des "trente glorieuses", expression inventée par l'économiste Fourastié pour qualifier en France, de 1945 à 1975, cette période de croissance économique et démographique.

C'est entre les recensements de 1946 et de 1962 qu'Unieux connut l'augmentation de population la plus rapide, avec un gain de 1871 habitants (de 5847 à 7718), soit 32%, ou 2% par an. Effet conjugué du "baby-boom" et de nouvelles arrivées, mais surtout argument majeur pour le projet du nouvel hôtel de ville. Croissance un peu moins rapide aux recensements suivants : 8428 habitants 1968, pour culminer à 9092 en 1975, avant de revenir à 8064 en 1990 : l'épuisement général du "baby-boom" au cours des années 70 et surtout, dans toute l'Ondaine, la fin du charbon et la crise sans merci de la métallurgie avaient inversé après 1975 la tendance démographique, mais ce fut de façon moins sévère à Unieux que dans les autres communes, sans doute grâce à l'attrait résidentiel., et du fait de la continuité des réalisations immobilières. Et le résultat fut au recensement de 1999 une légère remontée à 8341 habitants, le seul résultat positif de toute la vallée de l'Ondaine. Mais n'oublions pas aussi le vieillissement croissant de cette population (7,7% ont plus de 75 ans en 1999, mais 8,6% dans le département)...

Urbanisme et réorganisation urbaine

vue_generale_unieux_grandeC'est donc avec l'intention de promouvoir un nouveau coeur urbain que fut choisi l'emplacement de l'hôtel de ville. L'objectif était double : d'une part, installer le nouveau bâtiment dans un emplacement facilement accessible et le mieux situé possible par rapport au centre de gravité du peuplement ; d'autre part, en faire comme le pivot d'une réorganisation future du territoire municipal.

Telles étaient les propositions du plan d'urbanisme étudié dès 1965 par MM. Ferraz et Seignol. Renforcer les quartiers existants, et dans la moitié occidentale du territoire communal, la plus dense et la mieux accessible, garnir plus légèrement les intervalles entre les quartiers, "afin de rassembler tous les membres de la grande famille communale". Des zones industrielles seront aménagées dans la plaine de l'Ondaine. Et l'on conservera le plus possible de ces espaces de campagne et de verdure qui font le charme et l'attrait d'Unieux.

La vocation du nouvel édifice, cristalliser cette évolution autour d'un nouveau centre, fut rapidement confortée par les réalisations de l'hôtel des postes (livré en 1966), du collège d'enseignement secondaire (première rentrée en septembre 1969), du gymnase Anatole France (inauguré en mai 1973), de la bibliothèque municipale et du CLAJ (1982).

le reste, les constructions allèrent bon train, sous la maîtrise d'ouvrage des sociétés de HLM qui réalisèrent l'essentiel des opérations immobilières collectives : parmi elles, la Familiale métallurgique, créée en commun en 1949 par les Aciéries de Firminy et par les établissements Holtzer (rebaptisée en 1995 "habitations modernes et familiales).

Sans entrer dans le détail de toutes les opérations, il faut noter que l'on réussit à éviter les concentrations excessives, en veillant à répartir comme prévu les nouveaux immeubles à proximité des quartiers existants et de leurs équipements scolaires, et quelquefois dans l'intervalle entre deux quartiers comme ce fut le cas pour les 65 logements HLM du Pont d'Unieux, achevés en 1965 entre le Bourg et les Planches, non loin de la nouvelle Mairie. Entre le bourg et le Pertuiset, ce furent les 26 pavillons du lotissement communal de la Fenderie projeté en 1964.

Avec le Val Ronzière, c'est un nouveau quartier de 271 logements HLM, avec ses écoles, son centre social, qui fut créé de toutes pièces entre 1965 et 1971 à quelque distance du bourg, et comme pour rapprocher de la mairie le centre de gravité du tissu urbain. Mais la greffe de nouveaux commerces y a fait long feu.

vue_generale_unieux2_grandeA l'opposé, on dut rénover les quartiers construits depuis plusieurs décennies sans urbanité au voisinage des usines Holtzer et Verdié. Démolitions d'immeubles vétustes, nouveaux ensembles de HLM (comme celui de la rue Louise Michel), petits lotissements, équipements sportifs renforcés, et pour finir création au Vigneron d'une belle place devant des immeubles de qualité.

De sorte que la densification de la partie occidentale du territoire réalisait peu à peu un continuum urbain, du Val Ronzière à la Fenderie et de là au Vigneron, tandis que sur les collines, entre les pavillons de Raboin-Lambrossier (ou rue Pergaud) et le quartier de Côte Quart, une importante coupure verte se maintenait avec le parc Holtzer et les prairies encore préservées. Aux marges des territoires encore champêtres de la commune, enfin, le développement du centre équestre dans la vallée de l'Egotay introduisait un nouvel espace périurbain de loisir.

Depuis les années 80 s'est produite une accélération des emprises pavillonnaires, avec en particulier le déferlement des villas sur la presque totalité des versants du côté oriental de la vallée, avant de déborder sur les plateaux. Ce qui pose, non sans controverses politiques, la question du pilotage de ce mode individualiste d'urbanisation : comment arbitrer entre les modèles redoutés de la tache d'huile, de la "rurbanisation" sauvage (le "mitage"), et celui de grappes d'habitat rassemblées autour des services de proximité déjà en place dans les quartiers, avec préservation de coupures vertes ?

Sous la pression de la demande, qu'adviendra-t-il de ces dernières, "entre lesquelles se coulent harmonieusement les constructions", ainsi que l'expriment avec un certain flou les objectifs du P.O.S. de 1999 ?

Notons pour conclure sur le renouveau immobilier d'Unieux, que 75 % des 3600 logements recensés en 1999 ont été construits après 1945 (département : 62 %).

Le traitement urbain de la désindustrialisation

Pouvait-on le prévoir en 1964 ? C'est à partir de 1975 que commence le désengagement de Creusot-Loire, avant sa faillite en 1984, et toutes les fermetures d'ateliers qui ont suivi. En 1977 l'entreprise a vendu aux adeptes de Monseigneur Lefèvre le château Holtzer, au grand dam de la municipalité, trop impécunieuse pour l'acquérir, et mise devant le fait accompli alors qu'elle aurait souhaité aménager le parc en promenade publique. Rappelons que l'essentiel du site Holtzer a été passé au bulldozer entre 1990 et 1991, livrant des terrains à de nouveaux usages. Si la zone des bureaux et quelques bâtiments ont été préservés des démolitions et reconvertis vers d'autres activités, principalement tertiaires dans le "parc Holtzer", rien ne reste des anciennes forges, ni des laminoirs, et l'espace vacant a permis à la Direction Départementale de l'Equipement de réaliser à la fin des années 90 la nouvelle voie rapide, qui a permis au centre de respirer. De part et d'autre ont été ouverts de nouveaux espaces d'activités, et réalisée la nouvelle place du Vigneron, peut-être inspirée de celle de Sienne, avec la fontaine de Guy Lartigue ornée symboliquement d'une naissance de Vénus, oeuvre du sculpteur Albert Louis Chanut, en acier inoxydable fourni gratuitement par Ugine-Inox. Enfin, a été aménagé à l'orée du 21ème siècle et à deux pas du centre ville, aux dépens il est vrai d'anciens jardins ouvriers, le vaste espace de loisirs et de verdure complétant le stade Buffard.

Qu'en est-il du centre ville ?

bourg_ancien_grandeN'oublions pas que l'urbanisme travaille sur la longue durée, et que les empreintes du passé restent fortes et durables. C'est ainsi qu'une enquête récente auprès de la population a montré l'individualité fortement ressentie des quartiers.

En face, le Centre amorcé en 1964, est-il aujourd'hui clairement perceptible ? A chacun d'en juger, non sans tenir compte des projets en cours de réalisation entre le Pont d'Unieux et le Vigneron après la mise en place de la déviation qui a enfin soulagé cet axe d'une circulation étouffante, mais a rendu accessibles à de nouvelles implantations commerciales et à leurs aires de stationnement les terrains de l'ancienne usine.

Réanimer ce centre le long d'une grande rue reconfigurée est certes un des objectifs majeurs du schéma directeur d'urbanisme mis à l'étude en 1989. En attendant, il faut bien reconnaître que manquent ici, par rapport à l'image habituelle des centres de villes, à la fois l'empreinte du temps et surtout une suffisante intensité commerciale, conséquence de la concurrence générale faite aux commerces de détail par les grandes surfaces, et de la situation d'Unieux dans la zone de chalandise des commerces de Firminy.

Il n'en reste pas moins que la modernité architecturale de l'hôtel de ville et de son proche environnement constitue sur l'axe majeur de la cité un signal fort et reconnu, plus significatif en fait sur le plan des services publics que sur celui de l'animation commerciale.

Vivre avec son temps

A côté des questions d'organisation et de croissance urbaine, je voudrais rappeler sous ce titre, à l'aide de notes glanées dans les compte-rendus des conseils et les bulletins municipaux, quelques-uns des faits ou des actions qui ont marqué durablement l'adaptation de la vie locale aux nouveautés de notre civilisation. Chemin faisant, nous placerons ainsi quelques repères de dates, aussi bien pour rafraîchir la mémoire des anciens, que pour initier les jeunes à l'histoire locale, si cela peut les aider à prendre conscience de ce que le monde dans lequel ils vivent n'a pas toujours existé et qu'il ne s'est pas fait en un jour...

Quelques repères chronologiques

1964 : un baptême massif ! Quelques semaines avant l'inauguration de l'hôtel de ville, pour faciliter comme dans toute ville le repérage des lieux et des adresses, le conseil municipal donna un nom à soixante quatre rues et places jusque là anonymes, ces nouveaux noms s'ajoutant à la vingtaine qui existait déjà. C'est donc de ce temps que datent le plus grand nombre de noms actuels de rues d'Unieux.

C'est aussi en 1964 qu'en application d'une directive nationale, la commune se dota d'armoiries, sur lesquelles une imposante couronne murale à cinq merlons, symboles proportionnels à l'importance de la ville, surmonte des gerbes de blé d'or encadrant une faucille, et un imposant marteau-pilon.

Mais les Unieutaires ne furent-ils pas plus sensibles à l'installation du relais de télévision du Dorier en 1964, année qui fut aussi celle de la création de la deuxième chaîne ?

Le téléphone était encore une conquête difficile : en 1965, on installe enfin dans le quartier de l'Hôpital la cabine téléphonique réclamée et toujours refusée depuis quatre ans pour manque de lignes. L'année suivante, le Conseil municipal en demandera d'autres, pour la rue Penel, le bourg, le Pont d'Unieux, l'Echo...

lavoir2_grandeLa machine à laver n'était pas encore entrée dans tous les foyers : un nouveau lavoir municipal est projeté en 1965 dans le quartier de la Fontaine, en arrière de Côte Quart. Dix ans plus tard, on fermera celui du Pont d'Unieux "par suite de la diminution du nombre des laveuses".

En 1967, décision est prise de chauffer les écoles au fuel au lieu du charbon, "ce qui fera faire des économies appréciables et se révèlera d'une plus grande souplesse de fonctionnement".

Symboles de l'évolution des moyens de transport, la protestation des élus municipaux en 1966 contre la fermeture de la ligne Firminy-Dunières, avant la fermeture de la gare de Fraisses-Unieux en 1990 puis sa démolition en 1994, faisant oublier le temps lointain où les trains déversaient chaque matin de pleins wagons d'ouvriers venus de Haute-Loire pour travailler chez Holtzer. Janvier 1970, c'est l'apparition du premier feu tricolore, au pont du Sauze, avant celui du Pont d'Unieux en 1972.

amitie_grandeLa célébration du trentenaire nous rappelle que la Maison de l'Amitié ouvrit ses portes aux personnes âgées en 1973. Hasard ou coïncidence ? On avait pu voir progresser simultanément le chantier de sa construction et celui de l'agrandissement du cimetière.

Quand cesse-t-on d'écrire à la plume les compte-rendus des délibérations du Conseil municipal ? En 1974.

Et c'est en 1976 qu'est créée par M. Salanon l'école de musique, en 1977 que commence le ramassage du verre, etc....

L'environnement

Les questions d'environnement prennent pendant ce demi-siècle une importance essentielle, au point de susciter le mouvement politique spécifique que l'on connaît.

Il y a d'abord la question des déchets ménagers, de plus en plus volumineux et coûteux à traiter. Dès la fin des années 60, la décharge de la rue Karl Marx, sur le plateau, non loin de Raboin, était saturée. Un autre site, plus à l'écart, fut alors préparé vers 1968 au Lardier, loin des zones habitées, avec une accessibilité améliorée par l'aménagement de la rue Massenet. En 1974, la commune autorise Caloire et Saint Paul en Cornillon à l'utiliser, moyennant redevance (respectivement 500 et 2000 F par an). Pour ceux qui s'en souviennent, cette décharge brûlait et fumait en permanence, jusqu'au moment où, en 1984, la municipalité décida d'avoir recours à la SATROD (compactage à Saint-Etienne, décharge au Pâteux). Puis apparaissent dans les années 90 les conteneurs pour le verre et le papier....

ondaine_grandeLa pollution de l'Ondaine (souvenez-vous de l'odeur au bord de la rivière, et des détritus dans son lit !) et son déversement dans le lac de Grangent imposaient une solution, qui ne pouvait être qu'intercommunale. Après de longues tergiversations, le SIVOM est institué en 1973, pour réaliser la station d'épuration du Pertuiset, lancée début 1974, mise en service en 1977. Mais si la Loire récupère des eaux traitées, l'Ondaine reste un égout à ciel ouvert jusqu'à l'accomplissement du deuxième acte, la pose d'un égout collecteur tout au long de la vallée. Les études et les travaux prennent du temps, et ce n'est chose faite qu'en 1994. Dans la même logique, le bief est comblé la même année. Suivra la modernisation de la station d'épuration en 1997...Bilan écologique : le retour des poissons, et même de truites dans une Ondaine désodorisée...

Le lac retenu par le barrage en 1957 dans les gorges de la Loire appelait un aménagement de la vallée. Si le Pertuiset avait perdu le charme et l'attrait des bords de Loire d'antan, il s'imposait de préserver les paysages et les milieux naturels. Ce sera le rôle du SMAGL, institué en 1968, auquel Unieux adhère dès l'origine (il se substitue au Syndicat intercommunal institué en 1960 pour l'aménagement du plan d'eau de Grangent et du Pertuiset). Un schéma directeur est approuvé en décembre 1969. Et en 1975, le SMAGL expose son projet protecteur de classement des gorges de la Loire, obtenu en 2000.

Pour mieux combattre les incendies de broussailles comme celui 1984, la piste forestière du Dorier est aménagée en 1992, peu après que les enfants des écoles encadrés par des agents des Eaux et Forêts soient venus y planter des arbres (la première fois en 1990, puis en 93 et 95). Ainsi s'aménage la magnifique promenade que nous connaissons, avec en toile de fond le nouveau pont du bicentenaire, inauguré en 1989 et parfaitement intégré dans le site, ainsi que l'auberge de jeunesse des Echandes récemment rénovée et située sur un site classé et protégé.

Culture et Patrimoine

Il serait trop long de détailler ici les initiatives culturelles d'Unieux, de même que les actions en matière de sport. Le fait le plus marquant par son prestige et sa durée a été le festival des lauréats de la fondation Cziffra, lancé 1994, qui apporte aux Unieutaires, mais aussi à de nombreux auditeurs de la région, des prestations musicales exceptionnelles, avec des artistes talentueux promis à une renommée internationale.

Quant au patrimoine, voici les réflexions que m'inspire le classement que nous célébrons aujourd'hui.

Que leur Hôtel de ville inauguré il y a quarante ans soit un bel édifice, à la fois original et représentatif du "design" architectural de notre siècle, beaucoup d'Unieutaires en étaient déjà conscients. J'en connais qui ont aimé le faire découvrir à leurs amis, car il donne l'image d'une commune en phase avec la modernité. Avec le classement au Patrimoine architectural du 20ème siècle, la reconnaissance se proclame officielle, et se place à un niveau supérieur.

M'occupant depuis plusieurs années de tourisme local, je ne peux qu'être satisfait de voir Unieux rejoindre la liste des lieux dont les ressources patrimoniales font la matière des guides et des dépliants touristiques.

L'édifice est contemporain de la Maison de la culture de Firminy. On peut lui trouver quelque chose de corbuséen, avec ses pilotis et les grandes façades vitrées inondant l'intérieur de lumière...

Mais il serait faux de dire qu'en dehors de cette Mairie, il n'existe rien à Unieux. L'histoire locale nous invite vers d'autres sites riches de significations, à commencer par les témoins de la brillante histoire métallurgique des Holtzer, dont on ne doit pas oublier que les aciers eurent entre 1870 et 1914 une réputation internationale basée sur la qualité et l'innovation, avec la mise au point des aciers spéciaux et alliés.

roue_grandeVoici donc le château Holtzer, du second empire (1861-64). Tout près, entre le château et l'usine, la solide bâtisse, contemporaine du château, construite pour des ouvriers en 1861, et rappelant un certain paternalisme éclairé qui a fortement marqué l'histoire d'Unieux. Non loin, sur le site de l'ancienne usine, subsiste la première maison des Holtzer, sobre édifice daté de 1833 par le linteau de sa porte d'entrée. De l'histoire de labeur et de savoir-faire que nous racontent ces vestiges encore solides, retenons l'épisode de la visite d'Emile Zola, venu en 1900 se documenter dans l'aciérie pour son roman "Travail". Les ateliers, fonderie, forge, laminoir, qu'il a vus fonctionner et décrits dans cet ouvrage, ont disparu. Il est trop tard pour imaginer que le laminoir, par exemple, arrêté en 1989, aurait pu être conservé comme témoin des techniques d'autrefois et inspirateur d'une page littéraire. Du moins a-t-on su garder son volant d'inertie, trop massif pour être évacué par les bulldozers de la démolition, et en faire depuis 1998 l'ornement du rond-point de Boiron, accompagné d'une plaque d'informations historiques.

fenderie_grandeConservé aussi, par un heureux concours de circonstances, le moulin de la Fenderie, dont je me suis aperçu qu'il constituait un des très rares témoins en France d'une petite minoterie du 20ème siècle, avec sa machinerie qui ne ressemble en rien à celle des multiples moulins que l'on peut encore visiter dans les campagnes. L'expérience touristique nous a appris que les visiteurs, à condition de franchir le seuil et de se donner quelques minutes pour suivre le guide, vont de découverte en découverte à mesure qu'ils montent les étages et se font expliquer les mystères du fonctionnement de l'installation, malheureusement inanimée depuis le colmatage du bief et des bassins. Savez-vous qu'aux Grands Moulins de Paris (proches de la Bibliothèque François Mitterrand), en cours de reconversion pour l'Université de Paris VII, on va renoncer par manque de crédits à conserver en état de marche une colonne de machines qui aurait pu être destinée à des visites techniques et touristiques ? On pourra donc venir à Unieux pour comprendre comment cela fonctionnait....

mur1_grandeDeux mots aussi sur nos murs peints, consacrés aussi à des souvenirs d'histoire industrielle. A Sampicot, c'est un atelier d'usinage photographié en 1918 chez Holtzer. Au Vigneron, ce sont des évocations stylisées de machines sidérurgiques.

Reste ce grand édifice qui fait tellement partie du paysage qu'on ne le voit presque plus, la tour de trempe construite dans les années trente par les aciéries de Firminy, mais située sur le territoire d'Unieux. C'est un édifice d'un type unique en Europe, et peut-être dans le monde, ce qui justifierait de l'adopter comme élément de patrimoine, sans compter la forte signification identitaire qu'il peut avoir localement. Car le patrimoine, tel qu'on le comprend dans le cadre des "journées patrimoine", ce sont des biens reconnus et appropriés par la collectivité pour leur valeur historique, esthétique ou culturelle.

A l'échelle locale, le patrimoine contribue à donner du corps à une identité collective, à un ancrage territorial, en tant que témoin symbolique d'une histoire partagée sans laquelle nous courons le risque d'amnésie. Or on sait que les peuples sans mémoire n'ont pas d'avenir.